Vous voulez apprendre à former d’autres personnes ? Cet article vous est destiné. Gagnez du temps et évitez bien des tracas en évitant ces dix erreurs courantes.
1/ Céder à la surenchère des objectifs.
Toute personne ayant appris sérieusement un art, un sport, une technique, sait que l’on progresse plus vite en faisant de petits pas. C’est dans la lenteur et la précision du geste que l’on gagne en dextérité. Dans le contexte des organisations, les ambitions sont vastes et le temps de formation limité, aussi les formateurs sont-ils souvent confrontés à une surenchère d’objectifs de la part de leur donneur d’ordre. Conseil : validez le réalisme des objectifs avec vos parties prenantes en travaillant à petite maille : un ou deux objectifs par jour, un sous-objectif par séquence de 2h, etc.
2/ Réduire la compétence à la connaissance.
La compétence est un « savoir-agir reconnu »* lié à un contexte. Le temps de formation étant compté, il est tentant pour le formateur de se focaliser sur la seule connaissance, ceci d’autant plus qu’elle est nettement plus facile à évaluer que la compétence. Mais, de même que l’apprentissage du code de la route ne remplace par la pratique accompagnée par un moniteur, toute formation professionnelle devrait accorder une majeure partie du temps à l’entraînement par la pratique.
(*) Guy Le Boterf
3/ Partir du principe que les participants sont motivés.
Les formations étant souvent obligatoires dans les organisations, il n’est pas rare que certains participants s’y rendent sans conviction, voire même sans idée de ce qui les attend. Les formateurs expérimentés savent combien il est important de stimuler leur motivation, en favorisant l’expression, l’inclusion, la reconnaissance,… Les meilleurs s’attachent à aider chaque individu à cheminer au cours de la formation.
4/ Négliger l’inclusion.
C’est bien connu, les formations sont l’occasion pour les participants d’étendre leur réseau relationnel. C’est aussi un levier d’engagement dans la formation. Quelques suggestions : traitez les participants comme vos hôtes, accueillez-les personnellement et jouez les entremetteurs. Mettez à profit les temps d’accueil et de pause. En salle, composez de petits groupes ; arrangez, si possible, les tables en format cabaret. Proposez des activités qui permettent de faire connaissance et de s’amuser.
5/ Penser que la logistique suivra.
Wi-fi instable, vidéoprojecteur défectueux, câble trop court, paperboard bancale, marqueurs secs… la liste des tracas logistiques du formateur est trop longue pour être détaillée ici. Quelques précautions s’imposent : prendre de l’avance, vérifier le matériel, avoir sa propre réserve de consommables (post-its, marqueur, scotch, pataxif…), disposer d’une « hotline ». Mieux : accéder à la salle la veille pour l’aménager en fonction des besoins de la pédagogie. Si vous êtes ambitieux, faites de l’utilisation de l’espace un axe de différenciation !
6/ Faire comme si les règles étaient implicites.
Certaines règles vont de soi en formation telles que la ponctualité, l’assiduité ou la bienveillance. En outre, chacun sait que l’utilisation intempestive du téléphone nuit gravement à la concentration et que, par conséquent, il vaut mieux l’éteindre et le ranger jusqu’à la pause. Evident, n’est-ce pas ? Hélas, si seulement c’était le cas ! Conseil : énoncez les règles du jeu clairement en début de formation, ce qui permettra de vous y référer ultérieurement en cas de comportement hors jeu. Il est possible de le faire avec humour.
7/ Utiliser les temps de pause comme variable d’ajustement.
La gestion du temps taraude tout formateur désireux de boucler son programme tout en préservant le rythme des apprentissages. Dans ce contexte, il est tentant de réduire les pauses. Pourtant elles répondent à des besoins physiologiques : s’aérer, s’étirer, se rafraîchir, aller aux toilettes, boire, se rassasier… Pour certains, accéder à ses mails ou passer un appel urgent. Si la pause est à sanctuariser, c’est surtout pour permettre à chacun de se concentrer pendant la formation. Mieux vaut alors ajuster les pédagogies. Il peut être utile pour cela de repérer par avance les séquences qui s’y prêtent.
8/ Penser que ce qui est dit est entendu.
Nous, les formateurs, sommes tellement concentrés sur notre art que nous tendons à surestimer l’attention des participants. Or, l’attention est comme un fil tendu, au moindre relâchement, elle retombe. Que l’attention ait des hauts et des bas, c’est normal. Comment s’assurer alors de la bonne réception des messages ? Le conseil de base est d’user subtilement de la répétition, par exemple : montrer une vidéo, débriefer, écrire les enseignements au paperboard. Mais l’on aura intérêt surtout à faire produire, faire synthétiser, faire restituer, bref, « faire faire » quelque chose aux participants en fin de séquence, avant de passer à la suite.
9/ Avoir un point de vue sur tout.
L’accumulation du savoir fait partie de votre hygiène de vie ? Bienvenue dans le monde de la formation ! Les experts devenus formateurs le savent, il est délicat de faire cohabiter la posture de l’accompagnant avec celle du sachant. Or, exprimer son point de vue en tant que formateur, c’est priver les apprenants de la possibilité de réfléchir par eux-mêmes. Mieux vaut prioritairement leur donner la parole, les questionner, leur proposer des grilles de lecture pour stimuler leur réflexion. Intervenez en complément. Vos messages seront d’autant mieux reçus qu’il répondent à des problématiques soulevées par les participants eux-mêmes.
10/ Se centrer sur le contenu (plutôt que sur les gens).
Le contenu de certaines formations peut être dense et nécessiter un travail de mémorisation préalable, voire de répétition de la part du formateur. Pour autant, l’impact d’une formation se joue beaucoup dans l’attention portée aux personnes et à la dynamique de groupe. Il convient donc de bien s’imprégner du contenu et des pédagogies avant la formation pour se consacrer pleinement en séance à l’accompagnement. Former, c’est manier la forme et le fond au service des gens pour faire grandir leurs talents, un beau métier, n’est-ce pas ?
Hélène Huberty
